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Reconnaître les facteurs de risque et les signes de la maltraitance

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Lynn McDonald, PhD

Professeure, Faculté de travail social

Directrice, Institute for Life Course and Aging

Directrice scientifique, Initiative nationale pour le soin des personnes âgées (INSPA)

Université de Toronto

 

Le terme maltraitance envers les aînés renvoie généralement aux actes qui causent ou risquent de causer du tort et qui se produisent dans le cadre d’une relation de confiance. La maltraitance envers les aînés (sous forme de violence ou de négligence) peut se produire dans toute relation familiale ou professionnelle, dans les hôpitaux, les établissements de soins de longue durée ou la résidence privée d’un aîné. 

Personne n’est à l’abri de la maltraitance : elle peut toucher les hommes comme les femmes, peu importe leur âge, leur religion, leur race ou leur origine ethnique. Au Canada, le problème n’a pas été bien compris parce que personne n’en connaissait vraiment l’ampleur et ne savait qui était touché et pourquoi. En trouvant les réponses à ces questions, nous pourrons mieux cibler l’utilisation des ressources en santé et des ressources financières, et nous serons mieux en mesure de lutter efficacement contre ce problème. Ce n’est que récemment que nous avons mieux compris cette situation inacceptable.

En 2014–2015, l’Initiative nationale pour le soin des personnes âgées (INSPA; www.nicenet.ca) a mené un sondage téléphonique national afin d’évaluer la prévalence de cinq formes de maltraitance envers les aînés auprès de Canadiens et de Canadiennes de 55 ans et plus vivant dans la collectivité. En tout, 8163 aînés constituant un échantillon représentatif ont rempli le sondage, ce qui a permis de recueillir des renseignements sur la prévalence des différentes formes de maltraitance et sur les facteurs de risque qui y sont associés. Ces formes de maltraitance sont les suivantes : (1) négligence, (2) violence psychologique, (3) violence physique, (4) violence sexuelle, (5) exploitation financière. Les résultats de cette étude, la plus vaste étude sur la prévalence de la maltraitance envers les aînés jamais menée au monde, ont été surprenants.

Le problème de la violence et de la négligence à l’égard des aînés n’était pas aussi répandu dans la collectivité qu’on le croyait. Environ 7,5 % des répondants âgés (75 aînés canadiens sur 1000) disaient avoir subi des mauvais traitements au cours de l’année précédente, ce qui représente environ 695 248 aînés canadiens. Lorsqu’on a ajouté la négligence à la violence psychologique, physique ou sexuelle et à l’exploitation financière, ce chiffre est passé à 8,2 % (82 aînés sur 1000), ce qui représente 766 247 aînés canadiens. La forme de maltraitance la plus courante était la violence psychologique ou émotionnelle, qui touchait 2,7 % des aînés canadiens de façon quotidienne ou quasi quotidienne. Ces agressions psychologiques prenaient la forme de critiques, d’insultes ou de cris à l’endroit des aînés. L’exploitation financière arrivait au deuxième rang des formes de maltraitance envers les aînés les plus courantes au Canada, touchant 2,6 % des aînés. Elle survenait généralement lorsqu’une personne tentait de soutirer de l’argent à l’aîné ou s’emparait de son argent, de ses possessions ou de ses biens. La violence physique arrivait au troisième rang, touchant 2,2 % des aînés. Les personnes affirmant avoir subi des agressions physiques indiquaient généralement avoir été poussées, bousculées, empoignées ou frappées et insultées. Les aînés canadiens affirmant avoir été agressés sexuellement étaient moins nombreux, mais 1,6 % des répondants au sondage ont tout de même indiqué avoir subi une forme de violence sexuelle au cours des 12 mois précédents. Enfin, 1,2 % des adultes âgés affirmaient avoir été négligés à quelques reprises ou à plusieurs reprises au cours de l’année précédente. Cette négligence se traduisait généralement par le fait de ne pas avoir reçu l’aide dont ils avaient besoin pour les tâches ménagères ou les repas. Parmi les aînés canadiens ayant participé au sondage, très peu se déclaraient malades ou très fragiles, la plupart étaient dans la soixantaine ou avaient un peu plus de soixante-dix ans et la plupart possédaient un niveau d’études élevé.

Pour repérer les situations de maltraitance envers les aînés, il faut savoir que les personnes qui montrent des signes de dépression associée à de la violence subie plus tôt dans la vie, soit durant leur enfance ou leur jeunesse ou encore à l’âge adulte, peuvent être davantage exposées à de la maltraitance. L’une des meilleures façons de lutter contre la violence et la négligence à l’égard des aînés est de faire en sorte que les aînés eux-mêmes soient en mesure de reconnaître les facteurs de risque et les signes de la maltraitance dans leurs propres interactions et dans celles des autres. Pour obtenir plus de renseignements, communiquez avec l’INSPA, qui offre une multitude d’outils pratiques sur la violence et la négligence à l’égard des aînés.