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Prescrire l’activité physique pour prévenir les maladies chroniques

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Entretien avec la Dre Jane Thornton, ancienne athlète olympique, championne mondiale d’aviron et résidente en médecine à London, en Ontario 

Alors que Jane Thornton terminait ses études de médecine, en 2014, elle s’est aperçue que le programme d’études médicales avait comporté une importante lacune. Son expérience préalable comme athlète olympique – elle a participé aux Olympiques de Beijing en 2008 dans la discipline de l’aviron – et son doctorat en médecine du sport et de l’exercice lui ont permis de prendre conscience du fait que le programme contenait très peu de cours abordant l’importance de l’activité physique dans l’amélioration de l’état de santé général.

Cette lacune dans le programme d’études a eu pour effet d’orienter son parcours de recherche unique.

La Dre Thornton a fait ses débuts dans la représentation médicale à titre de membre du Comité des soins et de la promotion de la santé de l’Association médicale canadienne. C’est à l’occasion d’une réunion de ce comité qu’elle a entendu le Dr Samir Sinha, directeur de la gériatrie à l’Hôpital Mount-Sinai de Toronto et aux hôpitaux du Réseau universitaire de santé, parler de trois facteurs médicaux et sociaux dont l’influence sur la santé des aînés venait d’être confirmée par une étude récente qui en démontrait le lien avec une espérance de vie prolongée de 5 ans chez les adultes de 75 ans et plus :

  1. ne pas fumer;
  2. faire régulièrement de l’activité physique
  3. entretenir des liens sociaux significatifs.

Cette constatation a retenu son intérêt : « De mon point de vue particulier, j’ai réalisé qu’il demeure important de prescrire l’exercice, non seulement pour les jeunes, mais à tous les âges de la vie, si l’on veut favoriser un vieillissement en bonne santé », explique la Dre Thornton.  

Elle a travaillé au développement de cette théorie et vient tout juste de mettre la touche finale à un énoncé de position de l’Académie canadienne de médecine du sport et de l’exercice (ACMSE) sur l’importance de prescrire l’exercice dans les soins primaires.

« L’exercice et l’activité physique peuvent contribuer tant à la prévention qu’au traitement des maladies chroniques », affirme la Dre Thornton. « Lorsque nous parlons de soins axés sur le patient, cet aspect devrait aussi faire partie de la conversation. »

Il s’agit de la première fois que l’ACMSE publie un énoncé de position sur le sujet.

La pertinence et l’importance de ce type de recherche ne feront que s’amplifier puisque la proportion d’aînés au Canada continue d’augmenter, tout comme leurs besoins en santé. Aujourd’hui, 14 % des Canadiens sont âgés de plus de 65 ans, et les aînés génèrent près de la moitié des coûts en santé. D’ici 2036, le groupe des 65 ans et plus constituera le quart de la population et générera 62 % de nos coûts en santé.

Bon nombre de ces personnes âgées sont atteintes de maladies complexes et chroniques. Fait stupéfiant, plus de 800 000 Canadiens vivent avec la maladie d’Alzheimer au Canada et si aucune mesure préventive n’est établie, on s’attend à ce que ce nombre atteigne 1,4 million d’ici 2031.

« Nous sommes entrés dans une nouvelle ère où l’incidence des maladies non transmissibles chroniques l’emporte sur celle des maladies infectieuses », observe la Dre Thornton.

Toutefois, souligne-t-elle, les études démontrent que l’exercice parvient non seulement à réduire de 40 % le risque de développer l’Alzheimer, mais aussi que les adultes atteints de cette maladie qui commencent à faire de l’exercice améliorent leur humeur, leur qualité de vie et leur autonomie dans la vie de tous les jours.

La Dre Thornton estime que les médecins, lorsqu’ils prennent soin de patients âgés, ne devraient pas parler que de médicaments, mais également de ce qui peut être fait en complément du traitement ou même, dans certains cas, en remplacement des médicaments. Dans le même ordre d’idées, il faudrait faire participer les aînés à des mesures préventives comme les exercices d’équilibre et l’entraînement musculaire avant qu’ils se retrouvent à l’urgence avec une fracture de la hanche.

« Nous devons passer d’une approche réactive à une approche proactive », affirme la Dre Thornton. 

Elle a séjourné en Suisse où elle a travaillé en médecine préventive, et elle collaboré avec des professionnels de la santé du Royaume-Uni à la conception d’un programme d’études médicales de premier cycle axé sur la prescription de l’activité physique dans un contexte de maladie chronique. Le programme offre aux étudiants de premier cycle la possibilité d’apprendre à inclure des conseils en matière d’exercice comme option de traitement.

La Dre Thornton affirme que la réponse a été positive. Le programme est actuellement en voie de mise en œuvre et est inscrit aux examens dans les principales facultés de médecine du Royaume-Uni et il a suscité de l’intérêt ailleurs en Europe. Elle espère mettre en place un programme similaire au Canada.