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Pourquoi le Canada a besoin d’une stratégie nationale pour les aînés

La question d’une stratégie nationale pour les aînés me revient à l’esprit chaque fois que je lis ou que j’entends les mots « code Gridlock » – que l’on pourrait traduire par code « engorgement total » – à l’hôpital Kingston General, où je travaille.

La réalité du code Gridlock est tout aussi sinistre que son nom. Quand un hôpital atteint et dépasse sa pleine capacité, un code de cette nature est transmis sur les téléavertisseurs et les téléphones intelligents des médecins, des administrateurs, du personnel infirmier et du personnel de soutien, ou bien il est diffusé sur l’interphone, comme c’est le cas à l’hôpital où je travaille.

Le code signifie que l’hôpital est tellement plein qu’il est impossible de déplacer les patients. Les patients de l’urgence ne peuvent pas être transportés vers des lits aux étages parce qu’aucun lit n’est disponible. Parfois, les ambulances ne peuvent pas décharger les patients à l’urgence parce qu’elle est congestionnée – il y a même des patients dans les couloirs. Les chirurgies électives sont annulées. Les transferts régionaux sont en attente. Le flux des patients est stoppé.

Pourquoi le Canada a besoin d’une stratégie nationale sur les aînés

Les personnes qui ne connaissent pas le milieu médical n’entendront probablement pas ces codes et les consignes particulières dans le brouhaha d’un hôpital en pleine activité. Mais pour toutes les autres personnes présentes dans l’établissement, c’est comme un coup de sifflet — il faut commencer à libérer des lits immédiatement. Or, mon hôpital est en mode Gridlock depuis trois mois.

Le personnel des soins à domicile met les bouchées doubles pour offrir des services aux patients qui sont prêts à quitter l’hôpital, mais les intervenants sont déjà surchargés. Les travailleurs sociaux implorent les établissements de soins de longue durée de caser une ou deux personnes de plus.

Tous les hôpitaux de la région sont informés que nous ne pouvons pas accepter de nouveaux patients sauf ceux qui sont en danger immédiat. Les médecins, le personnel infirmier et les autres professionnels sont exhortés à faire tout ce qu’ils peuvent pour accélérer les congés.

Le code Gridlock a été inventé pour faire face aux pointes d’activité inévitables – c’est une façon de rendre tout le monde vivement conscient de la situation et, ainsi, de pousser le personnel à produire un rendement extraordinaire pendant quelques jours afin de soulager l’engorgement.

De plus en plus, toutefois, le code Gridlock est en train de devenir la norme.

Alors, quel est le lien entre le code Gridlock et une stratégie nationale sur les aînés mettant à contribution tous les ordres de gouvernement, avec Ottawa jouant un rôle de leadership?

Eh bien, nous avons un autre code dans le monde hospitalier, le code ANS, c’est-à-dire autre niveau de soins (par opposition aux soins de courte durée).

Il s’agit des patients qui n’ont plus besoin de soins actifs et qui, à toutes fins pratiques, pourraient quitter l’hôpital. Soyons plus précis – ils devraient quitter l’hôpital – non seulement parce qu’on a besoin des lits pour d’autres patients, mais parce qu’un hôpital est, franchement, un endroit toxique pour des patients qui ont une maladie chronique, mais pas aiguë.

Les hôpitaux ne sont pas conçus pour héberger des gens atteints de maladies chroniques. Les patients deviennent déconditionnés, ils font des chutes, ils attrapent des infections nosocomiales. Ils ne reçoivent pas les soins dont ils ont besoin et qu’ils méritent.

Les patients en ANS sont presque toujours des personnes âgées qui devraient être dans un établissement de soins de longue durée ou chez elles, avec un accès à des services de soins à domicile ou communautaires.

Environ 15 p. 100 des lits d’hôpital en soins actifs au Canada sont occupés par des patients en ANS – des patients en attente de placement ailleurs. L’AMC estime que l’on pourrait affecter 2,3 milliards de dollars par année ailleurs dans le système de santé si l’on cessait de « parquer » nos aînés dans les hôpitaux.

Comme mesure intermédiaire, notre société doit investir davantage dans les soins de longue durée. Nous devons également élaborer un plan qui tiendra compte du fait que les gens veulent plus de soutien et de services qui les aideront à demeurer dans leurs maisons et leurs communautés et nous devons investir dans un tel plan. La stratégie nationale pour les aînés devrait viser avant tout à déshospitaliser le système et à faire face au vieillissement de la population du Canada.

Les Canadiens de plus de 65 ans sont à l’origine de la moitié des coûts de santé. D’ici 2036, les aînés représenteront 21 p. 100 de la population et généreront 59  p. 100 des coûts de santé.

La Commission européenne prend l’autonomie des aînés suffisamment au sérieux pour avoir conçu le projet SILVER, ou Supporting Independent Living for the Elderly Through Robotics (appuyer la vie autonome des aînés grâce à la robotique). Eh oui, la robotique.

En une ère de technologie portable, nous pouvons maintenant penser à ce qui était autrefois inconcevable. Google Glass a conçu des lentilles cornéennes qui lisent le taux de glucose à l’aide du liquide lacrymal. Il est maintenant possible de prendre la tension artérielle avec un bandage.

Imaginez comment les soins à domicile pourraient être beaucoup plus viables grâce à ces technologies émergentes.

Tout cela est faisable si nos gouvernements sont prêts à se réunir pour formuler une stratégie nationale axée sur les principes du vieillissement en santé et des soins de qualité pour tous.

Il y a cinquante ans, Tommy Douglas nous a montré une meilleure façon de faire. En nous occupant des soins aux aînés, nous contribuerons grandement à renouveler le système de santé dans son entier.

Dr Christopher Simpson
Président de l’Association médicale canadienne 

Article d’opinion paru dans le Winnipeg Free Press, le 14 janvier 2015.