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Le cas de Monsieur S., pour qui le système de santé n’a pas joué un rôle optimal

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Adapté d’une allocution du Dr Chris Simpson, président sortant de l’Association médicale canadienne --

 

Voici l’histoire vécue de monsieur S., qui illustre à quel point nous pourrions faire encore mieux pour le bien des patients et la pérennité de notre système de santé.

Monsieur S. est aux prises avec une démence légère, une sonde urinaire à demeure (pour prostatisme), du diabète, une maladie pulmonaire obstructive chronique, de la fibrillation auriculaire et de l’insuffisance cardiaque congestive.

L’homme de 85 ans peut compter sur les bons soins de son fils et de sa belle-fille, qui agissent comme proches aidants. Et comme dans les nombreuses familles qui s’occupent d’un parent âgé, le stress atteint des niveaux élevés. Voilà pourquoi le couple décide un jour de prendre un week-end de repos dans un gîte du passant de la région de Niagara.

Le vendredi soir en question, monsieur S. commence à avoir le souffle court et la peur l’envahit. Il appelle l’ambulance et se retrouve aux urgences de l’hôpital local.

Il y attend une bonne heure et demie avant de rencontrer une infirmière et un médecin qu’il n’a jamais vus auparavant.

Dans les dossiers électroniques de l’hôpital, on peut voir les détails concernant sa dernière admission, il y a de cela un an. Mais rien de plus qui permet d’en savoir davantage sur sa situation médicale plus ou moins récente ou actuelle.

Le personnel de l’hôpital ne sait pas quels médicaments monsieur S. prend. Lui non plus, d’ailleurs. Comme on l’a constaté ultérieurement, son équipe de santé familiale s’occupe de lui de façon exemplaire. Mais le personnel des urgences ne peut le savoir. Tout ce que ces gens voient, c’est un homme au souffle court.

Mais le patient a l’air bien. Bonne saturation en oxygène en air ambiant. Résultats de la radiographie des poumons? Peut-être un petit quelque chose dans le LIG [lobe inférieur du poumon gauche], mais à vrai dire, tout a l’air correct.

Aucune fièvre. Leucocytémie normale. Cependant, la concentration de l’hémoglobine est à 90. Ça, c’est différent... L’an passé, elle était à 110. Sa créatinine [mesure de la fonction rénale] est à 131. L’année dernière : 98. Sa glycémie est un peu haute, mais l’homme ne se rappelle pas s’il a pris son insuline cette journée-là. Peut-être... où était-ce la piqûre d’anticoagulants? Il se rappelle vaguement quelque chose au sujet des anticoagulants. Toutes ces questions le rendent anxieux, inquiet – ce qui ne fait qu’empirer sa respiration difficile.

Mieux vaut demander l’avis d’un médecin interniste...

Après l’examen par l’interniste, monsieur S. est admis à l’hôpital. Il faut dire que les consultations auprès de médecins internistes, aux urgences, conduisent dans plus de 90 % des cas à une admission. En partie parce que c’est plus facile ainsi; en tout cas, parce que nous croyons que c’est la bonne chose à faire. Mais est-ce vraiment le cas?

Les aînés avec des maladies chroniques se rendent aux urgences parce que, trop souvent, ils n’ont nulle part d’autre où aller pour obtenir de l’aide pour leurs problèmes de santé chroniques, pour avoir accès à des spécialistes ou à des tests de diagnostic, ou encore pour se faire rassurer au sujet des perturbations typiques de leur état – comme avoir le souffle court. Or, ce n’est pas ce à quoi doivent servir les hôpitaux. Les hôpitaux ne devraient pas être la destination par défaut.

Cela dit, quand nous avons des cas compliqués dans une salle d’urgence, où il faut prendre rapidement des décisions, stabiliser l’état grave puis diriger la personne vers le bon service – de surcroît en fonction de données incomplètes –, on dirait que c’est inévitable : le patient se voit admis à l’hôpital.

C’est comme une grande force d’aspiration qui ne peut faire autrement que d’attraper des aînés vulnérables. Et plus vous avancez dans les rouages du système hospitalier, du triage jusqu’à la rencontre avec l’urgentiste et éventuellement l’interniste, plus il est difficile de s’en extirper. Toutefois, quand des patients du genre sont admis, on les expose à un grand nombre de risques. C’est un constat ironique, mais les hôpitaux sont un environnement dangereux pour les patients autres que ceux qui présentent un problème de santé aigu.

En fait, j’oserais même dire que les hôpitaux sont un endroit toxique pour les gens qui ont une ou plusieurs affections chroniques, mais sans souci de santé aigu. Il arrive parfois que ces patients fassent une chute ou qu’ils contractent des infections nosocomiales. Ils subissent des tests inutiles. Ils sont isolés et entrent dans un état dépressif. Leurs muscles s’affaiblissent et ces personnes perdent de leur mobilité. La principale cause des effets indésirables d’un séjour à l’hôpital, c’est maintenant l’iatrogénèse, c’est-à-dire les conséquences néfastes qui découlent de nos interventions médicales.

Pourtant, nous nous berçons de l’illusion que les hôpitaux sont l’endroit où tous les patients doivent être lorsque quelque chose ne va pas – même quand ils ne souffrent pas de façon aiguë.

Nous les admettons à l’hôpital « par mesure de précaution ».

Seulement voilà : monsieur S., lui, n’est jamais retourné à la maison.