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La pratique du travail social dans les communautés

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Karine Levesque, TSI
Travailleuse sociale, Grand Sault (N.-B.)
Membre du conseil d’administration, Association canadienne des travailleurs sociaux

Je pratique le travail social depuis presque 20 ans et je travaille dans le petit service rural d’un programme de soins de santé à domicile, le Programme extra-mural (PEM) du Nouveau-Brunswick, depuis 2000. Le PEM a pour mission de fournir des soins de santé et de fin de vie à domicile aux personnes qui ont des problèmes de mobilité, des jeunes enfants jusqu’aux clients âgés.

Au fil de ma carrière, mon point de vue de la profession et du rôle du travail social s’est ouvert et a évolué considérablement. Ma formation m’a initiée aux outils et aux techniques de la pratique générale, mais je crois que beaucoup de fournisseurs de services de santé seraient d’accord avec moi pour dire que c’est seulement la réalité de la vie qui peut permettre aux praticiens de vraiment comprendre la profondeur et la complexité d’un client et de sa communauté. Sommes-nous jamais vraiment prêts à intervenir dans des vies fracassées par la maladie ou le deuil, ou à accompagner une personne et sa famille vers la fin de la vie?

Tout au long de ma carrière, j’ai dû faire face à de nombreuses questions difficiles : Que deviendront les personnes âgées de plus en plus nombreuses vivant avec une maladie mentale ou le stigmate qui l’accompagne toujours? Comment protéger les personnes de plus en plus nombreuses qui ont des symptômes de démence et de maladies apparentées? Comment soulager les souffrances qui, souvent, sont tellement plus que physiques? Comment améliorer la qualité de vie des personnes qui souffrent et vivent souvent dans la pauvreté?

J’ai fini par me rendre compte que ma vraie formation découle de mes expériences, car j’ai épaulé des gens durant leurs difficultés et j’ai participé à leur réussite, en dépit de leurs problèmes de santé. Aujourd’hui plus que jamais, pendant que les programmes sociaux rétrécissent et que les critères d’admissibilité se resserrent de plus en plus, pendant que de nombreuses communautés rurales demeurent aux prises avec des ressources limitées et que l’on entend de plus en plus parler de privatisation des soins primaires, la clé des soins consiste à répondre aux besoins d’une communauté.

Comme de plus en plus d’aînés vivent plus longtemps et dans de piètres conditions au Canada, je crois que les travailleuses et les travailleurs sociaux doivent promouvoir et défendre la valeur et l’importance du soutien aux communautés. Les conjoints, les membres de la famille élargie, d’autres aidants naturels et des programmes de soutien communautaire secondaire deviennent les piliers des soins de santé pour les aînés. Il semble que nous ne pouvons plus compter sur les programmes gouvernementaux comme autrefois : les séjours à l’hôpital sont de plus en plus écourtés et l’accès aux soins de fin de vie à domicile se réduit de plus en plus. Compte tenu de cette réalité, sur qui pouvons-nous compter pour compléter les soins? Ma solution : la communauté!

Comme travailleuse sociale, je dois reconnaître que la communauté, la famille et les aidants rémunérés font tous partie du système de mon client et que j’ai la responsabilité profondément intéressée de défendre, de protéger et d’appuyer le rôle qu’ils jouent dans les soins fournis à mon client. Les soins demeurent axés sur le client, mais si je comprends que celui‑ci fait partie d’un système plus vaste constitué de réseaux et de contacts – et si j’aide à favoriser ces contacts – le client ne peut qu’en bénéficier. Il s’agit fondamentalement là de l’approche du bien-être collectif adoptée par le travail social.

Les travailleurs sociaux participent à prendre soin des communautés en facilitant l’accès à des ressources comme un logement sécuritaire et abordable, en favorisant les réseaux d’entraide sociaux, en dirigeant des patients vers des services de santé mentale ou de soins médicaux au besoin et en donnant des conseils sur les traitements ou sur la façon de s’adapter à certains problèmes, pour citer quelques exemples. À cause de cette approche globale, le travail social est une profession privilégiée lorsque l’on veut favoriser l’unité des aînés et des communautés.

Je termine en disant que même si les travailleuses et les travailleurs sociaux sont souvent minoritaires parmi leurs collègues des professions de la santé qui comptent sur un effectif plus nombreux, ils donnent une voix à la communauté : ils font entendre le réseau des intervenants et des proches de chaque client, exercent de l’influence sur les décisions et la résolution de dilemmes d’ordre éthique pour appuyer un client : c’est une voix qui peut aider les professionnels de la santé à demeurer concentrés sur le même but.

Une de mes collègues affirme souvent que mon travail au PEM constitue du « vrai travail social » parce que mon rôle et mes engagements dépassent de loin toute description de fonctions sur papier. Comme pour tant d’autres travailleuses et travailleurs sociaux au Canada, mon rôle me fait intervenir directement au domicile de mes clients et dans leur communauté, souvent au cours de certaines des périodes les plus difficiles de la vie. Si la définition du « vrai travail social », c’est le fait que j’aborde mon travail et mes clients avec compassion tous les jours, puisque j’ai choisi un parcours qui est tellement plus pour moi qu’un simple travail, alors c’est la meilleure reconnaissance de mes efforts que j’aie reçue à ce jour.