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La ministre fédérale de la Santé, femme d’exception

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Il n’est pas du tout habituel pour un député nouvellement élu d’être assermenté comme ministre canadien de la Santé. Pas plus qu’il n’est habituel pour un médecin – membre de l’Association médicale canadienne (AMC) de surcroît – d’occuper ces fonctions.

Aucun médecin n’a géré le portefeuille de la santé au sein du Conseil des ministres canadien depuis 1928, lorsque le Dr James Horace King est, le premier, devenu ministre canadien des Pensions et de la Santé nationale.

Mais il faut dire que la Dre Jane Philpott, élue le 19 octobre dans la circonscription fédérale de Markham-Stouffville, au nord de Toronto, n’est pas une députée comme les autres. Elle n’a rien non plus du médecin typique.

Autre fait inhabituel, la Dre Philpott a été nommée présidente d’un comité clé du Cabinet, le comité Croissance inclusive, de l’égalité des opportunités, et de l’innovation. En termes plus clairs, ce comité vise à renforcer la classe moyenne et à favoriser sa croissance. La Dre Philpott préside en outre le comité spécial du gouvernement sur les réfugiés.

« Ceux à qui la vie offre de nombreuses possibilités, qui sont nés dans un pays merveilleux et qui ont accès à une excellente éducation se doivent d’utiliser ce qu’ils ont reçu pour aider les autres », a affirmé la Dre Philpott, fervente défenderesse de l’équité en santé, dans une entrevue pour le Journal de l’Association médicale canadienne (JAMC).

Cette citation pourrait tout autant résumer sa vie professionnelle jusqu’au 4 novembre 2015, jour où elle a été assermentée comme ministre fédérale de la Santé, 19 jours avant son 55e anniversaire.

Son curriculum vitæ se lit comme une étude de cas sur le surpassement de soi, à un point tel que la chroniqueuse du Toronto Star Heather Mallick a déclaré, après l’avoir lu : « Une sensation m’a submergée, comme un vent balaie les steppes nues de la médiocrité, cette terre où j’habite. Qu’avais-je donc fait de ma vie? »

La Dre Philpott a notamment été médecin de famille à Stouffville de 1998 jusqu’à son élection, chef du service de médecine familiale de l’Hôpital de Markham Stouffville de 2008 à 2014 et professeure agrégée à l’Université de Toronto. En 1989, cinq ans après avoir obtenu son doctorat en médecine (avec distinction) de l’Université Western, en Ontario, elle a commencé à exercer la médecine générale au Niger.

Là-bas, une tragédie s’est abattue sur elle le 11 mars 1991, tragédie qui n’a fait que renforcer sa volonté de se mettre au service d’autrui. Emily, son aînée, est morte d’une infection subite à 2 ans et demi. Il s’en est fallu de peu que la même infection emporte sa deuxième fille, Bethany. La Dre Philpott a écrit sur son billet à ce sujet à l’occasion de l’anniversaire de la mort de sa fille.

« J’ai appris à être patiente et à accepter notre propre perte », a-t-elle écrit dans son article, publié ensuite dans le Huffington Post. « Par contre, je n’ai pas la patience d’attendre le jour où les jeunes enfants cesseront de mourir en nombre aussi exorbitant d’infections ou d’autres maladies souvent évitables et traitables. »

Comme on l’a fait remarquer dans le National Post, la plupart des parents accablés par un tel chagrin seraient rentrés au Canada. Mais la Dre Philpott et son mari, Pep, sont demeurés en Afrique de l’Ouest pendant sept autres années. « Cette expérience a fait de moi ce que je suis aujourd’hui et serai toujours », a-t-elle confié au JAMC.

À son retour au Canada, la Dre Philpott a continué de s’intéresser à l’amélioration des soins de santé en Afrique. En 2004, elle a fondé l’organisme Give a Day, un organisme de bienfaisance voué à la collecte de fonds pour lutter contre le VIH/sida en Afrique. C’est à l’occasion d’un événement associé à cet organisme de bienfaisance, en 2010, que la Dre Philpott a confié qu’elle voulait se lancer en politique à quelqu’un qui en savait long sur le sujet : l’ancien premier ministre Paul Martin.

On connaît la suite de l’histoire.

« Étant donné les antécédents de la Dre Philpott, je suis convaincue qu’elle jouera un rôle d’influence à titre de leader en santé tout au long de son mandat comme ministre », a affirmé la Dre Cindy Forbes, présidente de l’AMC. « Je suis impatiente de collaborer avec elle pour offrir de meilleurs soins de santé à tous les Canadiens. »

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Bethany, qui a maintenant 25 ans, est elle-même étudiante en médecine. Lorsqu’elle a commencé ses études de médecine en 2014, la Dre Philpott a publié sur son blogue une lettre ouverte à sa fille afin de lui exposer sa vision de la médecine.

« Sois fière du système de santé canadien », y écrit-elle. « Les patients ne devraient pas se voir refuser l’accès à des soins médicaux de base simplement parce qu’ils n’en ont pas les moyens. »

La ministre habite à Stouffville avec Pep, son mari journaliste. Outre Bethany, le couple a trois autres enfants : Jacob, 23 ans, David, 21 ans et Lydia, 15 ans.