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L’amélioration des soins à domicile sera probablement la clé de l’amélioration des soins de santé pour tous

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Dre Cindy Forbes, Présidente, Association médicale canadienne --

Dans sa chronique du Globe and Mail du 28 janvier, Jeffrey Simpson soulignait le plan du gouvernement fédéral visant à investir dans un accord de financement à long terme avec les provinces et les territoires.

L’élément clé de cet accord serait, selon la lettre de mandat de la ministre de la Santé Jane Philpott, de « favoriser la prestation de meilleurs services de soins à domicile ». Ce niveau de soutien pour tout type de soins est accueilli à bras ouverts par les provinces. Cela s’imposait depuis longtemps.

En décembre dernier, Deb Matthews, ancienne ministre du gouvernement ontarien et aujourd’hui vice-première ministre, a prononcé une allocution sur l’état de notre système de santé lors d’un sommet tenu à Ottawa. Elle a alors dit que le système de santé canadien fonctionne bien pour les fournisseurs, mais pas pour les patients. Elle a en outre affirmé que les fournisseurs de soins de santé du Canada n’aiment pas le changement.

Ce fut une surprise pour nombre d’entre nous, ici à l’Association médicale canadienne (AMC), alors que nous défendons le changement au nom de nos membres et des patients depuis maintenant une décennie. On peut difficilement parler de résistance au changement.

Tous les jours, des médecins constatent personnellement les insuffisances d’un système déficient qui tente d’aider nos personnes âgées. Il est courant pour les médecins de placer des patients sur des civières dans le couloir parce que les hôpitaux sont déjà engorgés au milieu de la matinée.

Selon l’Institut canadien d’information sur la santé, de cinq à quinze pour cent des lits de soins actifs dans les hôpitaux du pays sont occupés par des aînés qui n’ont pas d’autre endroit où aller parce que nous n’avons pas suffisamment investi dans les établissements de soins de longue durée ou les services de soutien requis pour les soins à domicile.

C’est pour ces raisons que l’AMC préconise d’agir dans le domaine des soins aux aînés. Selon nos calculs, l’« entreposage » des aînés dans des lits d’hôpital – des personnes qui n’ont pas besoin de soins hospitaliers – coûte au système un supplément de 2,3 milliards de dollars par année.

Si ce n’est pas assez frappant, peut-être que les contribuables seraient encore plus étonnés d’apprendre qu’un lit d’hôpital coûte au système environ 1 000 $ par jour, contre environ 55 $ pour les soins à domicile.

Si nous savons que nous ferions des économies en donnant la priorité aux investissements actuels et futurs dans les soins à domicile, les soins communautaires et les soins de longue durée, pourquoi est-ce que nous ne le faisons pas?

Il n’y a pas de solution simple à ces enjeux complexes, mais la réponse dépendra en partie de la collaboration entre les décideurs, les politiciens et les travailleurs de la santé.

Dans le rapport qu’il a soumis au gouvernement fédéral sur l’innovation des soins de santé l’an dernier, le Dr David Naylor a qualifié cette inaction administrative d’obstacle à l’innovation.

Dans la chronique de suivi qu’André Picard a publiée dans le Globe and Mail, il a félicité l’auteur du rapport d’avoir révélé que le gouvernement fédéral ne reconnaît pas les initiatives de création et d’innovation en soins de santé.

« En s’accrochant au statu quo – qui constitue la voie de moindre résistance politique –, les gouvernements ont créé un système désuet qui n’est pas prêt à faire face aux changements fondamentaux, par exemple des patients qui exigent de participer davantage et l’arrivée imminente de la médecine personnalisée », a écrit M. Picard.

Les fournisseurs et les stratèges doivent conjuguer leurs efforts pour mettre en œuvre des programmes comme les soins palliatifs à domicile et les services de répit en milieu communautaire pour les aidants familiaux, sans oublier les télésoins à domicile, dont la surveillance à domicile des traitements, les programmes d’exercice, les statistiques démographiques, les interventions critiques et l’aide en période de crise.

Est-ce qu’on pourrait éviter des AVC si les aînés pouvaient rester chez eux avec un accès aisé à une technologie d’emploi facile pour surveiller leur tension artérielle?

À Deep River, en Ontario, dans la vallée de l’Outaouais, les membres du personnel des Services de soins de longue durée de Renfrew-Nord ont mis sur pied un système qui permet de réduire les dépenses et de fournir de meilleurs soins à tous les patients de la communauté. Les services sont entre autres des lits de soins de longue durée, des appartements avec soins de soutien, un soutien à domicile 24 heures sur 24, des services de répit, des programmes de jour, et des services de repas à domicile et de transport.

De plus, l’établissement a créé un programme de partenariat avec les services paramédicaux du comté de Renfrew, dont les membres travaillent aux côtés des préposés aux services de soutien à la personne deux jours par semaine, huit heures par jour, rendant visite aux clients chez eux et répondant à leurs besoins médicaux. Ces interventions évitent aux aînés des visites fréquentes et parfois inutiles à l’hôpital.

Il s’agit d’un micromodèle parfait de soins à domicile pour tous qui ne sacrifie pas la qualité et qui a été mis au point par les intervenants plus rapidement que ce qu’aurait pu faire tout gouvernement ou décideur politique.

Si nous voulons que notre système de santé puisse répondre aux besoins de notre population croissante et vieillissante, nous devons passer de la scène locale au tableau d’ensemble. Il faut rapprocher les soins des personnes qui en ont besoin, et non pas le contraire.

L’amélioration des soins à domicile serait certainement un pas dans la bonne direction.