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Experts en la matière: Intégrer les besoins des aînés en santé mentale

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  • Dr Kiran Rabheru
  • Professeur de psychiatrie, Université d’Ottawa, Psychiatre gériatrique, L’Hôpital d’Ottawa 

 

Le Canada traverse actuellement une période de changements démographiques majeurs. Les Canadiens vivent plus longtemps et sont donc nombreux à se préoccuper davantage de leur santé. La prolongation de l’espérance de vie entraîne son lot de maladies chroniques, dont la démence et la maladie mentale. La coexistence des maladies physiques et mentales chroniques au sein de la population vieillissante a d’importantes répercussions sur notre système de santé. Les systèmes de soins en santé mentale ont toujours souffert d’un manque de ressources, en plus d’être stigmatisés et marginalisés. Alors que l’on assiste à une hausse de la demande de services en santé mentale, surtout chez les aînés, la capacité à gérer cette demande semble diminuer. 

Cette réalité est particulièrement criante dans les hôpitaux de soins actifs, où de nombreux patients âgés sont hospitalisés durant de longues périodes, ce qui entraîne souvent une baisse de leurs capacités physiques et mentales et, au bout du compte, un transfert coûteux vers des établissements de soins de longue durée et une diminution de la qualité de vie. Nous devons tenter d’éviter les hospitalisations chez les aînés et faire en sorte que les séjours à l’hôpital soient le plus brefs possible lorsqu’ils sont inévitables. La majeure partie des soins aux aînés devraient être fournis dans la communauté, et non dans les hôpitaux.

La prévalence de la maladie mentale augmente avec l’âge. À 40 ans, près de la moitié des Canadiens auront été aux prises avec une forme ou une autre de maladie mentale. À 90 ans, deux hommes sur trois et sept femmes sur dix au Canada auront connu la maladie mentale. D’ici 2041, 2,8 millions de Canadiens auront plus de 60 ans et un nombre considérable de patients souffriront d’une maladie mentale si nous ne réussissons pas à répondre à leurs besoins. Nous devons adopter une approche systématique et préventive pour répondre aux besoins des Canadiens en matière de santé physique et mentale, et cela doit se faire dans la communauté. La prestation de soins à domicile aux aînés, dans leur propre communauté, contribuera énormément à réduire le fardeau de la maladie au Canada.

La dépression représente le problème de santé mentale le plus courant auquel nous sommes confrontés. Dans les foyers pour personnes âgées, 44 % des résidents souffrent de dépression, comparativement à 15 % chez les aînés vivant dans la communauté. Malheureusement, le taux de suicide chez les aînés est le plus élevé parmi tous les groupes d’âge. Les hommes âgés, chez qui le taux de suicide est beaucoup plus élevé que dans la population en général, sont particulièrement à risque. Nous ne sommes pas très au fait de ce problème dont personne ne veut parler, mais il est temps que les choses changent.

En général, notre société ne valorise ou ne respecte pas nos aînés suffisamment, et cette attitude doit changer également. Les efforts visant à favoriser une attitude plus positive envers les aînés, à promouvoir la santé et à réduire les risques de maladies chroniques, tant physiques que mentales, devraient constituer une priorité majeure. Les programmes de soutien qui aident les gens à bien vivre dans la communauté constituent un bon point de départ et peuvent contribuer à promouvoir les initiatives communautaires de prévention et à fournir un meilleur accès à ces programmes.

Notre incapacité à agir dans ce dossier entraîne un énorme coût économique et a entraîné un stress psychologique considérable. La mise en place de programmes communautaires plus efficaces aiderait également plus de 8 millions de Canadiens qui jouent le rôle d’aidants naturels. La valeur économique des soins prodigués par les aidants naturels est évaluée à 25 milliards de dollars. Il est très préoccupant de constater qu’environ le tiers de ces aidants naturels souffrent eux-mêmes d’au moins un problème de santé. Ils sont inquiets, fatigués et stressés, ce qui entraîne un taux de dépression très élevé parmi ce groupe. La prise en charge d’une personne en fin de vie ou d’une personne atteinte de démence peut être très stressante.

J’estime qu’un effort national coordonné en vue d’améliorer les soins aux aînés est nécessaire, tout comme un partenariat multisectoriel qui inclurait les gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux. Il est essentiel de tenir compte autant des soins de santé mentale que des soins de santé physique dans les politiques, les pratiques et l’affectation des ressources liées à la santé des aînés. Je ne saurais assez insister sur l’importance de la promotion et de la prévention dans la gestion des maladies chroniques. La réaffectation des ressources, les services visant à accroître la capacité des gens à vivre chez eux, le soutien aux secteurs des soins primaires et des soins spécialisés – toutes ces mesures permettraient aux personnes âgées d’avoir un meilleur accès aux soins de santé mentale. Nous devons sortir les aînés des hôpitaux.