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Des collectivités amies des aînés sont essentielles dans un plan axé sur la santé durable des personnes âgées

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À propos des auteures :

Louise Plouffe, Ph.D., est directrice de la recherche à ILC Canada. Gérontologue et analyste de politiques publiques, Mme Plouffe a coordonné les travaux de recherche de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) sur les villes amies des aînés et a rédigé le Guide mondial des villes-amies des aînés de l’OMS. Elle préside bénévolement le comité directeur du projet Age-Friendly Ottawa.

Margaret Gillis est la présidente fondatrice d’ILC Canada. Cadre souvent récompensée, Mme Gillis a joué un rôle important dans la mise en place d’un programme de collectivités amies des aînés au Canada et à l’étranger. Plus de 900 municipalités du Canada ont adopté les principes de ce programme.

International Longevity Centre (ILC) Canada est un centre indépendant de réflexion qui se penche sur les politiques publiques et qui offre des conseils sur les enjeux du vieillissement et le mieux-être des aînés, en association avec la Faculté des sciences de la santé de l’Université d’Ottawa.

 

Le vieil adage « mieux vaut prévenir que guérir » vaut dans toutes les sphères de la vie, mais surtout en ce qui a trait à la santé et particulièrement lorsqu’on avance en âge. Le maintien de comportements sains, la sécurité matérielle, des relations positives et des activités empreintes de sens sont autant de facteurs qui se traduisent par des années de vieillesse pleines d’entrain et de dynamisme –sans oublier qu’ils contribuent à réduire le besoin de soins de santé aigus ou de soins de longue durée. 

 

L’Institut canadien d’information sur la santé a déjà conclu sans équivoque que le recours aux services de santé est lié aux différentes maladies chroniques au sein de la population canadienne, et non au fait que beaucoup de gens avancent en âge.[i] Cette affirmation vient déboulonner le mythe selon lequel une population fortement vieillissante fait forcément augmenter l’utilisation – et les coûts – du système de santé. L’objectif fondamental est de faire en sorte que les gens demeurent en bonne santé tout au long de leur vie, en influant sur les facteurs déterminants qui exercent leurs effets en dehors du système de santé. Un autre avantage lié au fait de viser la bonne santé, c’est que le gens sans problème de santé majeur réagissent mieux à une intervention médicale, comparativement à ceux qui présentent une santé déficiente. Fait intéressant à noter : selon un récent article du Journal of the American Medical Association,[ii] les personnes à faible revenu ont une espérance de vie supérieure lorsqu’elles vivent dans des villes financièrement à l’aise et aux idées progressistes, où l’on a le souci d’instaurer des infrastructures pour favoriser l’activité physique et des règles pour dissuader le tabagisme.

À l’échelle mondiale, le Canada est reconnu comme un chef de file des politiques de promotion de la santé. Cette reconnaissance remonte notamment à l’époque de l’adoption de la Charte d’Ottawa pour la promotion de la santé[iii], dans les années 1980, et à celle de l’élaboration d’un cadre d’orientation sur la santé de la population[iv], dans les années 1990. Tous deux mettaient l’accent sur les déterminants sociaux de la santé. La promotion de la santé est une importante stratégie publique pour tous les ordres de gouvernement. Toutefois, nos nombreuses années d’expérience en cette matière, auprès des instances fédérales, nous ont permis de constater que les programmes de promotion de la santé ont massivement ciblé les enfants et les jeunes adultes, tout en portant une attention insuffisante aux adultes plus âgés et aux aînés, malgré les données probantes sur l’efficacité des interventions de promotion de la santé auprès de ce segment de la population[v].

L’initiative des « villes amies des aînés », mise de l’avant en 2007, s’est révélée être une avancée positive dans les efforts de promotion de la santé des aînés au Canada, mais également un peu partout dans le monde. Élaboré avec l’Organisation mondiale de la santé en 2006[vi], en collaboration avec des partenaires de 33 villes de 22 pays (dont le Canada), ce projet avait pour but de cerner les caractéristiques essentielles des villes dont on peut dire qu’elles favorisent le vieillissement actif (l’OMS parle d’un « processus qui consiste à optimiser les possibilités de bonne santé, de participation et de sécurité afin d’accroître la qualité de la vie pendant la vieillesse »[vii]). Il avait aussi pour but d’encourager un aménagement urbain qui soit convivial pour les personnes âgées. Le Guide des villes-amies des aînés de l’OMS[viii] dresse la liste des mesures favorables ainsi que des obstacles auxquels se heurtent les aînés dans huit domaines de la vie urbaine : espaces extérieurs et bâtiments; transports; logement; participation au tissu social; participation citoyenne et emploi; respect et inclusion sociale; communication et information; soutien communautaire et services de santé. Ce guide a donné lieu à de multiples initiatives dans le monde, si bien que le réseau mondial des collectivités amies des aînés inclut maintenant 209 municipalités de 26 pays, réseau auquel se sont affiliés dix programmes régionaux ou nationaux aux intérêts similaires[ix]. Au Canada, plus de 900 collectivités des dix provinces s’emploient à devenir plus conviviales pour les aînés, dans plusieurs ou tous les domaines mentionnés ci-dessus.

Une ville permettant de vieillir en restant actif favorise la santé, la participation et la sécurité des personnes âgées mais aussi, ce faisant, des personnes de tous âges. Par exemple, les autobus à plancher surbaissé permettent aux aînés et aux parents avec une poussette d’utiliser plus facilement les transports en commun. Les quartiers dotés de services diversifiés encourage les gens de toutes les générations à faire leurs courses à pied. Au fait, l’ambiguïté du terme « age friendly [cities] » utilisé par les anglophones est l’une des raisons pour lesquelles cette désignation du concept a été retenue. Évidemment, ce sont les aînés qui, à la base, sont ciblés par les initiatives et invités à y prendre une part active[x]. Dans son guide, l’OMS donne un bon aperçu de ce que devrait être une ville amie des aînés :

  • reconnaître le large éventail des capacités et des ressources des personnes âgées;
  • prévoir les besoins et les préférences des personnes âgées et s’y adapter avec souplesse;
  • respecter les décisions et les modes de vie que les personnes âgées choisissent;
  • protéger les plus vulnérables;
  • faciliter l’inclusion des aînés dans tous les domaines de la vie communautaire et faciliter leur contribution à ces domaines.

Vous vous demandez peut-être ce que font les villes du Canada pour devenir de plus en plus accueillantes pour les aînés. Il faut savoir que des activités ou efforts spécifiques sont déployés d’une ville à l’autre, mais que bon nombre sont similaires. Une plus grande attention est maintenant portée au maintien en bon état des trottoirs, à l’ajout de bancs dans les parcs, à la modification des passages aux intersections (pour tenir compte des piétons moins rapides), ou encore à l’aménagement des autobus locaux pour les rendre plus accessibles et plus abordables pour les aînés. On commence à voir des parcs municipaux dotés d’équipement d’exercice pour les aînés. Certaines rues sont repensées pour favoriser des promenades à pied ou à vélo plus sécuritaires et pour ralentir la circulation. Dans les nouveaux logements sociaux, il est de plus en plus courant de voir du matériel de sécurité et d’accessibilité pour personnes à mobilité réduite. On voit d’ailleurs davantage d’options de logement communautaire, par exemple de petites coopératives d’habitation. Notons aussi que des programmes d’approche communautaire et des programmes sociaux visent les aînés vivant dans l’isolement et que de plus en plus d’activités sociales sont conçues pour mettre en relation des aînés et des citoyens des générations plus jeunes. Des administrations municipales ont aussi le souci de fournir de l’information à plusieurs endroits et dans des formats accessibles pour tous. En matière de santé, les diverses mesures incluent souvent des ateliers de sensibilisation aux risques de chute ou de dissémination d’information utile sur des problèmes de santé courants. Ce ne sont là que les principaux exemples. Précisons que les activités novatrices sont partagées entre les villes canadiennes et qu’on en fait la promotion par l’intermédiaire du réseau mondial des collectivités amies des aînés.

Le Rapport mondial sur le vieillissement et la santé[xi] de l’OMS présente un cadre de politique mondial visant à transformer les systèmes de santé de manière à ce qu’ils livrent aux populations vieillissantes des services appropriés, de qualité et durables. Or, l’épanouissement de collectivités conviviales pour les aînés est l’une des cinq composantes de cette stratégie proposée par l’OMS. Et le Canada, comme leader mondial de l’urbanisme tenant compte des aînés, est bien placé pour faire de cet objectif le pilier d’un plan national axé sur la santé des personnes vieillissantes. Certes, le système de santé soutient, protège et restaure la santé des gens de tous les âges, mais la santé se maintient et se consolide d’abord chez soi et au sein des collectivités.

 

 



[i] Institut canadien d’information sur la santé. Les soins de santé au Canada 2011 – Regard sur les personnes âgées et le vieillissement. Ottawa, l’Institut, 2011.

[ii] Chetty R., Stepner M., Abraham S., Lin S., Scuderi B., Turner N. et coll. The association between income and life expectancy in the United States, 2001-2014. JAMA 2016; 315(16), p. 1750-1766.  Identifiant d’objet numérique : 10.1001/jama.2016.4226.

[iii] Organisation mondiale de la santé. Charte d’Ottawa pour la promotion de la santé. Adoptée le 21 novembre 1986. Accessible ici : www.who.int/healthpromotion/conferences/previous/ottawa/en/index1.html

[iv] Evans R.G., Stoddart G.L. Producing health, consuming health care. Soc Sci Med 1990; 31(12), p. 1347-1363.

[v] Haber D. Health promotion and aging. 7e éd. New York, Springer Publishing Co., 2016.

[vi] Plouffe L., Kalache A. Towards global age-friendly cities: determining urban features that promote active aging. J Urban Health 2010; 87(5), p. 733–739.  Identifiant d’objet numérique : 10.1007/s11524-010-9466-0.

[vii] Organisation mondiale de la santé. Vieillir en restant actif – Cadre d’orientation. Genève, l’Organisation, 2002.

[viii] Organisation mondiale de la santé. Guide mondial des villes-amies des aînés. Genève, l’Organisation, 2007.

[ix] Plouffe L., Kalache A. A critical review of the WHO age-friendly cities methodology and its implementation. Dans Moulaert T.; Garon S. (Éds.). Age-friendly cities and communities in international comparison. New York, Springer Publishing Co., 2015; p. 19-36.

[x] Kalache A. Active ageing and age-friendly cities – a personal account. Dans Moulaert T.; Garon S. (Éds.). Age-friendly cities and communities in international comparison. New York, Springer Publishing Co., 2015; p. 65-77.

[xi] Organisation mondiale de la santé. Rapport mondial sur le vieillissement et la santé. Genève, l’Organisation, 2015.