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Élargir les horizons des étudiants en médecine

Digital_picture_(1).jpgDr Ben Robert, directeur médical du Centre de santé Perley et Rideau pour les anciens combattants, à Ottawa. Le Dr Robert explique comment, selon lui, les programmes d’études en médecine devraient tenir compte des changements démographiques chez les patients. 

Je me souviens de mes études en médecine avec émotion, mais en rétrospective, je constate que la portée de ma formation était très limitée : on nous enseignait à nous concentrer uniquement sur le fait de soigner les gens, de guérir les maladies et de sauver des vies.

 

Pendant mes études en médecine, je n’ai jamais appris comment faire des visites à domicile ou offrir des soins palliatifs, et ma formation en soins primaires était minimale. Toute ma formation a été faite dans un cadre hospitalier tertiaire. Quand j’ai quitté la faculté de médecine, mon internat par rotation et ma formation supplémentaire en médecine familiale étaient une fois de plus axés sur des méthodes en milieu hospitalier.

Il faut reconnaître que quand j’étais étudiant, les visites à domicile étaient considérées comme chose du passé pour la médecine au Canada, et les soins palliatifs et les soins aux aînés étaient des idées nouvelles qui semblaient plus appropriées aux approches utilisées en Europe.

Heureusement, la formation médicale s’est beaucoup améliorée au fil des ans. De plus en plus, les enseignants reconnaissent la valeur des soins primaires et savent qu’il importe d’établir des relations à long terme avec les patients, au lieu de simplement les traiter pour une maladie aiguë. Les effets de la fragilité des patients âgés sur leur santé font aussi l’objet d’une plus grande attention.

Au fil de ma carrière, j’ai appris à tenir compte des conséquences de la maladie, de l’isolement créé par l’invalidité et des ravages que peut causer la peur de perdre le contrôle. Si l’on devait modifier le programme des facultés de médecine en fonction des leçons que j’ai apprises, la formation de tous les futurs médecins serait bien différente.

Les étudiants en médecine pourraient être mis en contact avec des patients fragiles dès leurs premiers jours à la faculté de médecine. Par exemple, en Ontario, les étudiants en première année pourraient régulièrement (peut-être une fois par mois) participer aux rencontres avec des patients par l’intermédiaire du programme Maillons santé communautaires.

Dans le cadre de ce programme, des hôpitaux, des médecins de famille, des spécialistes, des établissements de soins de longue durée et des organismes communautaires collaborent afin d’offrir des soins aux patients ayant des besoins complexes. Les étudiants pourraient apprendre comment retracer les antécédents d’un patient, puis devoir faire un travail sur les problèmes faisant l’objet de discussions pendant les visites.

Ces rencontres se poursuivraient pendant la deuxième année, l’accent étant alors mis sur l’apprentissage des processus morbides sous-jacents et la manière de les traiter. Les étudiants en deuxième année feraient aussi des visites à domicile avec des professionnels du programme Maillons santé. Imaginez les répercussions que ce genre de rencontre pendant les études aurait sur tous les aspects des soins : les étudiants apprendraient l’importance d’établir des objectifs de soin, ils seraient directement témoins des conséquences de l’invalidité et de la maladie, ils sauraient comment prendre soin des patients âgés fragiles et ils comprendraient les limites des traitements.

De plus, pendant les deux premières années à la faculté de médecine, j’offrirais une plus grande formation en sciences humaines. Une éducation dans des domaines comme la littérature, l’anthropologie, la politique et la philosophie aiderait les futurs médecins à établir et à interpréter les objectifs de soin et à soigner les patients avec empathie, de façon à leur permettre de mieux comprendre leur trajectoire de santé.

À la troisième année à la faculté de médecine, j’offrirais un cours sur les façons de prodiguer des soins palliatifs. Les étudiants apprendraient que le but des soins médicaux n’est pas toujours la « guérison ». Ils iraient ensuite sur le terrain pour apprendre leur métier, forts de leur formation et de leurs expériences.

Le cours sur les soins palliatifs pourrait être revu au début de la quatrième année. Les étudiants en quatrième année seraient initiés aux cliniques hospitalières pour les patients souffrant de maladies en phase terminale, comme l’insuffisance cardiaque congestive, les néphropathies en phase terminale et le diabète en phase terminale.

J’améliorerais également la formation postdoctorale. J’encouragerais les médecins résidents de tous les programmes à suivre une formation de base sur les soins palliatifs, par exemple un cours LEAP (Méthodes essentielles d’apprentissage des soins palliatifs et des soins en fin de vie), et à le refaire au moins une fois avant qu’ils terminent leur résidence. En Ontario, les médecins résidents finissants qui travaillent dans des cliniques spécialisées seraient encouragés à faire des visites à domicile chez les patients inscrits au programme Maillons santé communautaires (ils pourraient être jumelés à des étudiants de première et deuxième année). Les médecins résidents de toutes les spécialités seraient tenus de suivre une formation en gériatrie d’au moins un mois, dans une unité d’évaluation gériatrique. Nombre de ces idées sont probablement déjà mises en pratique, quoiqu’elles ne le sont pas de façon systématique.

Pour conclure, il faudrait que le programme de formation de l’ensemble des étudiants et des médecins résidents insiste plus sur la question de la fragilité et sur le fait que la mort est un processus normal, et enseigne aux étudiants qu’il peut arriver qu’une intervention soit inappropriée ou risque de faire plus de mal (invalidité ou mort prématurée) que de bien. L’initiative Exigeons un plan prendrait de l’ampleur alors que les fournisseurs de soins comprendraient qu’il existe une façon différente, plus individualisée, de prodiguer des soins, c’est-à-dire offrir « les bons soins, au bon moment, au bon endroit, par la bonne personne ».

- Ben Robert